Partager l'article ! L'histoire des salles de cinéma à Bruxelles: A la fin du 19ème siècle, les premiers lieux à accueillir le cinéma sont les théâtres, les c ...
A la fin du 19ème siècle, les premiers lieux à accueillir le cinéma sont les théâtres, les cafés-concerts et les music-halls. C'est la grande époque des décors chargés et des guirlandes lumineuses. Mais ce n'est que dans les années 20 que se fait sentir le besoin d'une architecture propre au cinéma et dans les années 30 que celle-ci s'exprimera réellement. En effet, l'avènement du parlant exigera des transformations. Les volumes et les décors se simplifient pour favoriser une bonne propagation du son, l'écran devient le point névralgique de la salle. Après la seconde guerre mondiale, on assiste à une uniformisation des salles et à l'apparition des complexes. Ce mouvement ne s'arrêtera plus. Face à la crise que le cinéma connaît depuis les années 50, celui-ci ne fera que des repositionnements sans grandes remises en question. Le système des multisalles, présentant un cinéma d'exclusivité dans le centre-ville, se généralise dans les années '70 mais est très vite rattrapé par la vague des méga-complexes installés à la périphérie. Ouf, que de chemin parcouru !
Prenons maintenant le temps de revenir un peu en arrière...
Le Muet (1896-1927)
La première projection de cinéma à Bruxelles est organisée en 1896 dans les Galeries
Saint-Hubert pour les membres du Cercle Artistique et Littéraire. Mais le cinéma débutera sa vraie carrière populaire dans les foires, dans certains théâtres où se déroulaient quelques
projections ponctuelles, mais surtout dans les cabarets et autres music-halls. Au début du siècle, ces derniers se répartissent essentiellement le long des deux principaux axes commerciaux de la
capitale: la rue Neuve (et ses boulevards parallèles) ainsi qu'autour de la Bourse. Peu à peu, le cinéma prend une place de plus en plus grande dans la programmation de ces établissements, pour
en devenir l'unique attraction. L'héritage architectural provenant des music-halls est flagrant. Ainsi on y découvre les marquises ouvragées, les grandes façades composées de hautes fenêtres
verticales, les escaliers latéraux menant aux balcons, les enseignes lumineuses animant le boulevard, ... Les années passant, on assiste à un phénomène de multiplication exponentielle des salles
en plein cœur de Bruxelles. De 1920 à 1921, on passera de 23 à pas moins de 71 cinémas dans ce quartier. Mais, petit à petit, le cinéma se propage aussi en d'autres lieux. Chronologiquement, le
phénomène s'étend d'abord à la Gare du Nord où les salles sont souvent jumelées avec des hôtels et aux alentours de la place Madou. Le Grand Casino, par exemple, s'installe chaussée de Louvain
(et devient le Mirano en 1934). Il alliera, lui aussi, salle de fêtes, brasserie et cinéma. A Schaerbeek ensuite, suivant les axes de la chaussée de Louvain, de la rue de Brabant, de la chaussée
d'Haecht et de la chaussée d'Helmet. Pathé ouvrira d'ailleurs une seconde salle, l'Artistic Palace, à la place Liedts. Tous les propriétaires de salles des premières années sont généralement des
commerçants non spécialisés dans l'industrie du spectacle, mais ils sont aussi indépendants. L'après-guerre verra un autre bouleversement du marché, car les films américains débarquent en force
en Europe. A partir de ce moment là, les salles vont être ouvertes par les distributeurs. De nouvelles règles s'instaurent: apparition des ouvreuses, des horaires fixes (auparavant, on entrait et
on sortait à sa guise), des "premières", des places réservées, ...
Le Parlant ( 1928-1939)
L'entre-deux-guerres sera à Bruxelles l'époque des salles-mammouths. Le record sera atteint en 1932 par le Métropole et ses 3.000 places. Ensuite, la progression se ralentit ou du moins, les salles qui s'ouvriront par la suite seront plus modestes. Mais l'élément le plus important dans l'évolution des cinémas jusqu'en 1939 est celui de l'architecture interne des salles. Le film est effectivement devenu sonore, l'acoustique devient donc primordiale. En effet, à Bruxelles comme ailleurs, l'arrivée du cinéma parlant (au travers du Chanteur de Jazz - 1927) sonne le glas de nombreuses décorations anciennes. Finies les colonnes, les frises, les décorations outrancières. Celles-ci sont enfouies, pour les besoins de l'acoustique, sous les matériaux plastiques les plus divers. Pour rester dans le vent, les salles bruxelloises se sentent obligées de troquer leurs habits d'apparat pour des vêtements souvent bien plus banals et des façades qui ne le sont pas moins. L'uniformisation des salles est en marche! Sans qu'il ne soit même nécessaire de consulter leurs plans, les noms des cinémas en disent déjà long: l'Eden devient le Crosly Nord, l'Orient-Palace se met à la mode et est baptisé American, le Théâtre-Pathé se convertit en Cinéac et le Modern Palace, conscient de son âge, se rabat sur l'appellation de Léopold III. Néanmoins, cette époque d'internationalisme architectural engendre les plus belles salles de la capitale. L'ère du cinéma rationnel, rentable, techniquement parfait, veut des formes simples, mais belles et parfaitement identifiables. L'heure, en outre, est à la théorie qui oppose théâtre et cinéma en matière de confort, de sécurité et de fonctionnement. A partir de ces impératifs et d'un plus grand souci d'économie, l'architecte concevra donc une machine à projeter. Le cinéma des années trente est devenu un outil, mais la qualité de la recherche architecturale et l'emploi dynamique de la lumière lui permettent de rester un bel outil et de conserver une certaine Magie...
L'Age d'Or
(1940-1959)
L'afflux des films de Hollywood qui suivirent les libérateurs américains provoque un véritable " boom " dans la fréquentation des salles de cinéma. En 1945 et 1946, on compte plus de 140 millions de spectateurs par an. Néanmoins, après la guerre, on assiste aussi à une banalisation des salles et à l'apparition des premiers complexes. De surcroît, le concept de mode lié aux salles de cinéma s'estompe rapidement. Les salles se dépersonnalisent peu à peu, préférant la technique au décor, mais elles ne disparaissent pas pour autant. Au contraire, en douze ans, de 1946 à 1958, alors que la fréquentation des salles en Belgique baisse de 28%, leur nombre augmente de 50%. Dans les années 50, on allait au cinéma pour se divertir, pour passer le temps et aussi pour découvrir le monde à travers les documentaires et les actualités. Mais le déclin commence dès 1957: les bouleversements de notre civilisation, la multiplication des loisirs et des transports, l'apparition de la télévision (1958) entraînent la désaffection d'un public sollicité de toutes parts. Le cinéma devenu plus cher perd sa fonction de distraction populaire et est remplacé par la télévision tandis que les week-ends sont passés à la mer. Les petites salles de quartier, de proximité, ferment leurs modestes entrées. C'est aussi le démantèlement des vastes amphithéâtres. La majorité d'entre eux disparaissent sans bruit et sans gloire, soutenus par quelques fous de cinéma, qui sont leurs rares et derniers supporters.
La Nouvelle Vague (1960-1969)
Dans les années '60, la tendance ultra-fonctionnaliste née au lendemain de la guerre s'accentue encore: les derniers décors désuets sont mis au goût du jour, puis le concept même de mode liée à l'architecture des cinés disparaît tout simplement. Si les années cinquante saluent encore l'expansion vers les communes périphériques, dès la décennie suivante, la vapeur se renverse et les premières grandes salles entament leur processus de division. Le mouvement se généralisera dans les années septante qui consacrent alors l'ère des complexes de plus en plus anonymes, concentrés dans le centre-ville, dont les multisalles réunissent un maximum de spectateurs dans un minimum d'espace. L'architecture cesse définitivement de participer au rêve; seul demeure le film, consommé indifféremment ici ou là, au mépris de la belle fidélité qui liait les habitués d'antan à leur salle de prédilection ou tout simplement de quartier. Et l'idée de sortie, donc de fête, associée au spectacle s'évanouit, de même que le rituel, dépourvu de son indispensable décor, de son faste et de ses prêtresses, les ouvreuses. De 1966 à 1975, le nombre de salles en Belgique diminue de 43% et les complexes apparaissent. Le premier du genre, à Bruxelles, est le duplex du Cinéma Avenue (situé dans le centre) qui ouvre ses portes en 1957. L'Avenue offre à la fois un grand confort et une diversité de programmes. Face à cette nouvelle concurrence, on assiste à une diminution importante des salles obscures et plus particulièrement des cinémas de quartier.
Le Multiplexe (1970-...)
Dans les années '70, la télé s'installe, l'auto est présente dans toutes les familles, les loisirs se modifient. Les salles de cinéma se divisent et la fonctionnalité devient Reine.
Les multisalles continuent leur quête: réunir un maximum de spectateurs dans un minimum d'espace. Ainsi l'Eldorado et le Métropole sont sacrifiés à cette manie fractionnelle.
En 1974, le premier est jumelé à sa voisine la Scala afin d'accueillir sept salles. Le Métropole, moins chanceux encore, voit son second balcon transformé en deux salles, en 1971.
Le principal était toutefois sauvegardé: on comptait encore 180 millions de spectateurs en France, et la Belgique s'attribuait le score le plus élevé, compte tenu de la population nationale. Si
le découpage des grandes salles en "lotissements" allait endiguer la fuite des salles obscures, leur hospitalité était toute relative.
Style dépouillé à l'extrême, ambiance zen, petits écrans, ... La féerie des lieux appartenait au passé.
En fait, le cinéma de demain est peut-être déjà au Kinépolis. Une moyenne de 10.000 spectateurs par jour fréquente les lieux. Selon la formule d'un chroniqueur bruxellois, " c'est le septième art
de masse dans des conditions audiovisuelles proches de la perfection ". Actuellement, l'ensemble des sociétés de cinéma mondiales essaye de développer ce concept des méga-complexes, situés à la
périphérie des villes. Ce sont des cathédrales où les dingues de pellicule viennent communier en choisissant parmi de nombreuses chapelles. Bref, la qualité et la quantité... ou la faillite.
Un nouvel impératif d'autant plus dommageable pour les exploitants de salles que les investissements consentis dans les années '70 pour saucissonner les salles étaient à peine remboursés.
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